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EPR de Flamanville

EPR de Flamanville • Mais aussi — Farandou, Motion de censure, Institutions

Hexagone
4 min ⋅ 14/05/2024


Bonjour. Nous sommes le 14 mai 2024 et comme tous les mardis, nous vous avons concocté un condensé de l’actualité utile en France. Suivez-nous également sur X et LinkedIn !


Le Briefing - EPR de Flamanville 

Au bout de la pointe du Cotentin, à quelques encablures de la Hague, la centrale de Flamanville a chargé ses premiers “fagots” de pastilles d’uranium dans le nouvel EPR (“European Pressurized Reactor”) en construction depuis 2006 par EDF. Troisième réacteur de la centrale normande, il sera le plus puissant des - désormais - 57 fonctionnant en France, avec 1600 MW de puissance installée et une durée de fonctionnement minimale de 60 ans.


Douglas M. Parrish, First Controlled Nuclear Chain Reaction, c. 1968Douglas M. Parrish, First Controlled Nuclear Chain Reaction, c. 1968

SOUDURES, COUPS DURS Lancés en 2007, les travaux de ce nouveau réacteur ont accumulé des déboires devenus proverbiaux, provoquant un retard total de 12 ans sur l’objectif initial de mise en service, qui prévoyait un raccordement au réseau en 2012. 

De nouveaux accrocs surviennent en 2014, alors qu’Areva ne parvient pas à livrer à temps un couvercle aux normes pour la cuve principale du réacteur. Une phase d’essais sans combustible nucléaire est menée en 2018, mais une série d’anomalies est alors détectée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), concernant principalement 33 soudures du circuit “secondaire”, chargé de transporter l’eau sous pression vers les turbines. (Pour une synthèse du fonctionnement d’un EPR, voir ici). 

La reprise de ces 33 soudures, impliquant des opérations complexes sans possibilité de démonter les installations, et à l’aide d’un robot développé ad hoc par EDF, n’a été finalisée qu’en mai 2023. Les soudures du circuit primaire ont également réclamé deux ans de travaux, de 2020 à 2022.

UNCHARTED WATTHEURES • Ces retards et la complexité technique des réparations ont engendré une dérive considérable des coûts du projet, relevée par un rapport de la Cour des Comptes en juillet 2020, qui le qualifie d’“échec opérationnel”. Avec un coût à terminaison de 13,2 Milliards d’euros, contre 3,4 Milliards budgétés en 2005, Flamanville 3 est deux fois plus cher que les EPR livrés à Taishan (Chine) en 2018, construits avec 12,2 Milliards d’euros pour deux réacteurs de 1660 MW. 

Quoi qu’il en soit, l’ASN a autorisé le 7 mai dernier la mise en service de l’EPR, en précisant les prescriptions techniques des prochaines étapes du démarrage. Dès cette semaine, du combustible sera chargé et les premiers tests lancés ; la production d’électricité commencera à l’été. 

Enfin, le “couplage” avec le réseau électrique sera lancé lorsque le réacteur atteindra 25% de sa puissance. Le fonctionnement à pleine capacité devrait être atteint en fin d’année 2024. L’accord de l’ASN sera à nouveau requis pour de prochaines étapes, notamment le lancement de la réaction de fission, la montée à 25%, puis à 80% de la capacité du réacteur. 

Enfin, le réacteur sera mis à l’arrêt pour plusieurs mois en 2026, pour remplacer le couvercle de sa cuve et effectuer la visite complète prévue après le premier cycle de tous les nouveaux réacteurs. 

SUJET BOUILLANT Le Président de la République se déplacera en Seine-Maritime ce mercredi et jeudi 15 et 16 mai pour visiter le site de Flamanville, ainsi que le parc éolien offshore de Fécamp, d’une puissance de 500 MW. 

En février 2022, il s’était rendu à Belfort, sur le site de production des turbines Arabelle qui équipent la plupart des centrales françaises. Il y avait appelé à “reprendre le fil de la grande aventure du nucléaire civil en France”. Le rachat des activités nucléaires de General Electric Steam Power par EdF annoncée concomitamment, était présentée comme partie intégrante du plan de relance d’un nucléaire souverain français. 

Las, les négociations entre GE et EdF traînent, comme le signalent avec inquiétude des élus du territoire de Belfort dans une tribune publiée dans Le Monde du 10 mai. Selon ceux-ci, la transaction serait désormais une “affaire d'État à État”. Par ailleurs, les élus s’inquiètent de ce que GE n’accroisse la dépendance de l’outil industriel permettant de fabriquer les turbines à des pièces américaines sur lesquelles pèsent l’extraterritorialité du droit américain. 

Mais aussi 

FARANDOU : DÉPART IMMINENT Les réactions politiques se multipliaient cette semaine à propos du départ, annoncé par Bruno Le Maire, du PDG du groupe ferroviaire SNCF, Jean-Pierre Farandou. Son mandat prenant fin en mai, celui-ci avait demandé au gouvernement d’annoncer son renouvellement temporaire, jusqu’à l’automne, avant une audition annuelle prévue de longue date devant le Sénat, le 7 mai dernier. 

Nommé pour quatre ans, il ne sera pas reconduit au terme de son mandat, probablement remplacé par Xavier Piechaczyk, actuel président de RTE. Certains commentateurs veulent voir dans cette non-reconduction des représailles, après l’annonce par M. Farandou d’un accord sur les fins de carrières à la SNCF, présenté par certains syndicats comme permettant de neutraliser certains effets de la réforme des retraites de 2023. 

M. Farandou s’en est défendu devant le Sénat, assurant que cet accord était “dans les pratiques des grandes entreprises publiques et privée”. Le ministre des transports Patrice Vergriete a confirmé que le gouvernement n’était pas opposé à cet accord, précisant que depuis la réforme du groupe, la direction de SNCF n’a plus de comptes à rendre sur ce type de négociations. 

Arrivé à la SNCF en 1981, M. Farandou se targue de parler le “Cheminot première langue”, et est apprécié par les employés pour son attention au dialogue social. L’audition au Sénat de M. Farandou a été l’occasion pour plusieurs personnalités de lui rendre hommage, mais surtout pour lui de faire le bilan de ses deux mandats, dont un partiel :  + 14% de CA sur 5 ans, bénéfices de 2,4 Milliards d’euros en 2022 puis 1,3 en 2023, et des investissements massifs dans le rajeunissement du réseau et le lancement du nouveau TGV M. 

CENSURE DE DAMOCLÈS Les motions de censure planent sur le Palais Bourbon. Côté LFI comme RN, qui ont annoncé y réfléchir sérieusement d’ici aux élections européennes le 9 juin, les motifs pour déposer une motion sont les mêmes : le refus du gouvernement de déposer un projet de loi de finances rectificative pour débattre de la nouvelle trajectoire budgétaire. 

Si celles-ci ont peu d’espoir d’aboutir, elles pourraient toutefois rebattre quelques équilibres politique alors que plusieurs députés LR ont annoncé être prêts à voter une motion déposée par le RN. 

En revanche, à plus long terme, de vraies perspectives de censure pourraient se matérialiser dans le cas d’une motion LR qui fédérant les votes de gauche et de droite. Si Les Républicains temporisent pour le moment et attendent le projet de loi de finances pour 2025, la période post-européenne et JO pourrait s’avérer périlleuse pour le gouvernement. 

INSTITUTIONS : LARCHER DÉCOCHE • C’est un marronnier aussi ancien que la 5eme République : la réforme des institutions. Cette fois-ci ce sont les sénateurs qui apportent leur pierre à l'édifice avec 20 propositions à la suite des travaux d’un groupe de travail transpartisan.

Parmi les propositions consensuelles du rapport, citons l’abaissement de 4,8 à 2,4 millions des seuils de signatures d'électeurs pour déclencher un référendum d'initiative partagée ou encore la suppression de la présence des anciens présidents de la République comme membres de droit à vie du Conseil constitutionnel, une exception hexagonale.

Moins consensuel, le rapport propose le retour du cumul des mandats législatifs et locaux, une rengaine du Président du Sénat Gérard Larcher mais qui est cohérente avec le rôle du Sénat comme “chambre des territoires”. 

Autre ambition, le renforcement des prérogatives du Parlement, avec notamment l'élargissement des conditions de recevabilité des amendements pour assouplir le régime des "cavaliers législatifs", pomme de discorde lors des débats sur la loi immigration

Cette volonté de faire évoluer les institutions fait écho à l’engagement d’Emmanuel Macron à “changer les institutions” devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles en 2017. Un projet de loi constitutionnelle - qui comprenait entre autres une refonte du RIP ou un droit à la différenciation pour les collectivités locales - avait été déposé à l'Assemblée nationale en 2019 mais n’avait pas été discuté faute de terrain d’entente entre le gouvernement et le président du Sénat. 

Si la majorité était alors proche d’un accord qui aurait permis d’atteindre le seuil fatidique des 3/5e des suffrages des parlementaires nécessaires pour une révision constitutionnelle, la fragilisation du gouvernement rend un potentiel nouvel accord nettement plus hypothétique en 2024. 

Non mentionné dans le rapport pour ne pas empiéter sur les plates-bandes de la chambre basse, l’introduction d’une dose proportionnelle pour les législatives pourrait cependant voir le jour en 2025 selon les résultats des consultations de la présidente de l'Assemblée nationale Yael Braun-Pivet.


Notre lecture de la semaine

  • Le rapport Enfants et écran, à la recherche du temps perdu qui fait état des conséquences néfastes des écrans sur la santé somatique des enfants et des adolescents, ainsi que sur leurs représentations de la violence ou des relations hommes-femme du fait d’expositions très tôt à des contenus violents et/ou pornographique.


Cette édition a été préparée par François Valentin, Étienne Rabotin et Ghislain Lunven de Chanrond. À la semaine prochaine !

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Hexagone est rédigé par Etienne Rabotin, avocat en droit public, et Ghislain Lunven, haut fonctionnaire.

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