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Le week-end a été long et vous n’avez pas tout suivi de l’actualité de la semaine ? Pas de panique, Hexagone est là ! Joyeux mardi, nous sommes le 21 juillet 2026, l’Argentine n’a pas gagné, et voilà votre 113e briefing hebdo !
Le Briefing
CHAMPS EN BATAILLE • A l'heure où vos rédacteurs achèvent l’écriture de ce numéro estival, les Députés sont encore à pied d’oeuvre en séance publique, prêts à voter sur le projet de loi “d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles”, et les débats promettent de se poursuivre jusque tard dans la nuit.
Le texte débattu à l’Assemblée ce lundi soir est l’aboutissement d’une navette intense entre les deux chambres, amorcée début avril, et qui a vu la commission mixte paritaire parvenir à un accord seulement le 16 juillet dernier.
Le projet de loi compte accélérer le stockage d’eau notamment sous la forme de telles “mégabassines”.
UNION SACRÉE • C’est qu’aucun groupe ni parti, à la veille de la campagne des présidentielles, ne peut se permettre d’ignorer l’enjeu du texte, promis par le gouvernement Lecornu comme une réponse aux mobilisations des agriculteurs en difficulté après une nouvelle épidémie de dermatose nodulaire bovine à l’hiver dernier.
Une bonne partie des dispositions du texte devrait donc rencontrer l’assentiment de la majorité des députés, notamment sur le volet consacré aux négociations des prix avec les industriels.
Cependant, parmi les nombreuses dispositions de ce texte d’urgence devenu texte fleuve, trois sont particulièrement discutées.
INSECTOPHOBIE • La plus emblématique est peut-être le retour de la possibilité de déroger, par décret et en cas de danger pour les cultures (notamment de noisettes) à l’interdiction de certains pesticides depuis une loi de 2020.
Une précédente tentative législative d’abrogation de l’interdiction, portée par le sénateur Laurent Duplomb, avait été censurée par le Conseil constitutionnel en 2025. Or, la commission du Sénat, présidée par ce même Laurent Duplomb, a ajouté lors du passage du texte au Luxembourg un amendement permettant, sous un régime un peu plus contrôlé, la réintroduction de ces pesticides sur le marché. La CMP a conservé ce nouvel article 2 quater, et Le Monde rapportait ce lundi que le gouvernement prévoyait de ne pas s’y opposer.
EAUX TROUBLES • Le second concerne la modification des compétences sur l’eau. La version de la CMP fait entrer dans la tutelle des agences de l’eau des ministères qui n’avaient pas leur mot à dire, et notamment celui de l’Agriculture et celui de l’Economie.
Les représentants agricoles seront aussi plus nombreux, au détriment des représentants des services préfectoraux.
En outre, la loi revient sur les objectifs de réduction du captage d’eau imposés par le plan Eau et propose au contraire un doublement des volumes de stockage agricole de l’eau d’ici à 2035, sur le modèle de l’Espagne comme l’explique le rapport de la commission du Sénat.
Ce doublement sera favorisé par un pouvoir accru de dérogation laissé aux préfets pour contourner les schémas de l’eau et autoriser des stockages aujourd’hui interdits.
AGNOSTICISME • Le troisième débat, dérivé du second, porte sur la hiérarchisation des priorités politiques poursuivies par les politiques de l’eau. Les sénateurs avaient en effet introduit un nouveau principe de “non régression agricole” dans le texte, consistant à garantir que les décisions favorables aux agriculteurs dans la gestion de la ressource en eau ne pourraient être renversées.
Or, le risque de conflits avec le principe de non-régression environnementale, consacré par la charte de l’environnement, a été jugé trop fort pour que la disposition soit conservée. Elle a donc été remplacée par une version amoindrie, qui consiste en un principe de “non-hiérarchie” entre les objectifs économiques et environnementaux dans la gestion de l’eau.
Pour être adopté, le texte doit l’être dans la version exacte retenue en CMP, d’abord par l’Assemblée, puis par le Sénat. De quoi peupler, donc, la fin de la session extraordinaire jusque fin juillet !
Mais aussi
DICTER LES CODES • Instaurée pour la première fois cette année par la préfecture de police, l'obligation de s'inscrire en ligne pour obtenir un QR code nominatif — carte d'identité à l'appui — conditionnait l'accès aux tribunes du défilé militaire du 14 juillet, justifiée par la présence d'un nombre de chefs d'État et de gouvernement supérieur aux éditions précédentes, au premier rang desquels le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Saisi en référé-liberté par l'association Vigie Liberté, qui dénonçait une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu le dispositif le 13 juillet en fin de journée. La préfecture de police a aussitôt interjeté appel devant le Conseil d'État, qui a annulé l'ordonnance de première instance vers deux heures du matin le 14 juillet, quelques heures avant le début du défilé, rétablissant l'intégralité du filtrage.
Pour écarter la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, le Conseil d'État a fait prévaloir l'intérêt public majeur qui s'attache à la sécurité de l'événement et à la protection des chefs d'État présents, sans qu'un débat contradictoire approfondi sur le fond — en particulier sur le traitement des données nominatives collectées lors de l'inscription — ait pu se tenir dans un délai aussi contraint.
DÉCOMPTES PUBLICS • Commandé le 26 mai dernier par le ministre de l'Économie Roland Lescure et le ministre de l'Action et des Comptes publics David Amiel à quatre économistes indépendants — Natacha Valla, Xavier Jaravel, Xavier Ragot et Jean-Luc Tavernier —, le rapport sur « les enjeux de finances publiques de la France à l'horizon 2030 » a été rendu public le 15 juillet dernier, quelques jours après l'annonce, le 7 juillet, de 3 milliards d'euros d'économies supplémentaires pour l'État et la Sécurité sociale au titre de 2026.
À politique inchangée et cadre juridique constant, les 37 pages du rapport projettent un déficit public de 5,9 % du PIB en 2027 et de 6,8 % en 2030, loin de l'objectif gouvernemental de 5 %, lui-même jugé « difficile à atteindre ». La dette publique passerait de 118,4 % du PIB en 2026 à plus de 130,5 % en 2030, tandis que sa charge annuelle passerait de 78 à 124 milliards d'euros sur la période — une trajectoire que les auteurs qualifient d'inéluctable, d'autant que la France se finance désormais moins bien à dix ans que le Portugal ou l'Espagne, avec un écart de taux avec l'Allemagne de 81 points de base au 1er juillet dernier, comparable à celui de l'Italie.
Les économistes chiffrent à 125 milliards d'euros l'effort d'ajustement nécessaire d'ici 2032 pour stabiliser l'endettement, soit un excédent primaire supplémentaire de 0,8 point de PIB — un effort qui devra, selon eux, combiner économies, hausse de recettes et soutien à la croissance, sans reposer sur une seule catégorie de la population. Les dépenses sociales concentrent l'essentiel de l'alerte : les dépenses de santé progresseraient mécaniquement de 40 milliards d'euros d'ici 2030 (+15 %) et celles de retraites de 47 milliards d'euros (+13 %), sous l'effet conjugué du vieillissement et de la suspension de la réforme des retraites.
Le rapport suggère notamment d'envisager, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, une suspension temporaire des clauses d'indexation — hors minima sociaux tels que le RSA —, sur le modèle du redressement budgétaire allemand du début des années 2000.
Hexagone est rédigé par Étienne Rabotin et Ghislain Lunven.
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