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Le week-end a été long et vous n’avez pas tout suivi de l’actualité de la semaine ? Pas de panique, Hexagone est là ! Joyeux mardi, nous sommes le 8 septembre 2026, et voilà votre 118e briefing hebdo !
Le Briefing :
BAUX JUNGLES • La Fondation pour le logement, anciennement Fondation Abbé Pierre, a publié le 3 septembre dernier son sixième baromètre de l'encadrement des loyers, qui établit que 37 % des annonces de location analysées dépassent le loyer de référence majoré fixé par arrêté préfectoral, soit cinq points de plus qu'en 2025 et neuf points de plus qu'en 2024. L'étude porte sur plus de 10 000 annonces relevées entre août 2025 et août 2026 dans les territoires ayant adhéré au dispositif.
Paris concentre la dégradation : la part des annonces non conformes y passe de 31 % à 46 % en un an, un niveau désormais proche de celui de Plaine Commune (61 %) et très supérieur à ceux de Lyon-Villeurbanne (26 %), de Lille (25 %), de Bordeaux (17 %) ou de Montpellier (12 %). Le dépassement moyen recule en revanche de 192 à 159 euros par mois : les manquements sont plus fréquents mais de moindre ampleur, et concernent principalement des logements loués vides par des bailleurs particuliers.
Le constat intervient à quelques semaines de l'échéance du dispositif. L'encadrement des loyers demeure une expérimentation ouverte par l'article 140 de la loi ELAN du 23 novembre 2018, prorogée de trois ans par la loi 3DS du 21 février 2022, et qui s'éteindra le 25 novembre 2026 à défaut de texte nouveau. Le manquement expose le bailleur, après mise en demeure du préfet, à une amende administrative pouvant atteindre 5 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale — un régime dont l'effectivité repose sur le signalement des locataires et sur les moyens de contrôle des services déconcentrés.
Une proposition de loi adoptée par l'Assemblée nationale en décembre 2025 doit être examinée par le Sénat en octobre prochain. Elle prévoit une prolongation de deux ans, sans pérennisation ni ouverture à de nouvelles communes, périmètre que le gouvernement entend maintenir. La discussion sénatoriale portera ainsi moins sur le principe du plafonnement que sur son extension géographique et sur les moyens de le faire respecter.
Mais aussi
PROJECTION D’AVENIR • Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé le 5 septembre dernier, à la Sorbonne, l'abandon par la France de la projection de Mercator au profit de la projection Eckert IV pour sa cartographie diplomatique.
Le même jour, l'Assemblée générale des Nations unies adoptait une résolution non contraignante intitulée « Correcting the map », portée par le Togo au nom du groupe africain, par 164 voix pour, une contre (États-Unis) et six abstentions (Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie, Serbie, Ukraine).
Une projection Eckert IV centrée sur le méridien de Londres (CC)
Publiée en 1569, la projection de Mercator est une projection conforme : elle conserve les angles, ce qui explique son usage en navigation, au prix d'une distorsion des surfaces croissant avec la latitude. Le Groenland y apparaît d'une étendue comparable à celle de l'Afrique, alors que sa superficie est de l'ordre de celle de l'Algérie ou de la République démocratique du Congo. Eckert IV (1906) et Equal Earth (2018), que la résolution mentionne expressément, sont à l'inverse des projections équivalentes : elles conservent les rapports de surface, au prix d'une déformation des formes et des angles.
La portée du texte est d'abord symbolique — il n'interdit pas Mercator et ne prescrit aucune projection unique — mais il prolonge une revendication portée par l'Union africaine, qui a elle-même retenu Equal Earth en mars dernier, et relayée par la campagne « Correct the Map ». Les États-Unis ont motivé leur vote négatif par le caractère idéologique de la résolution, qui présente la correction cartographique comme un acte de justice cognitive et de réparation mémorielle.
Côté français, la bascule est graduelle : le ministère avait engagé le retrait de Mercator de ses sites et supports de communication dès 2021, et retient Eckert IV plutôt qu'Equal Earth. Son extension au-delà de la sphère diplomatique demeure ouverte : aucune obligation ne s'impose aux autres administrations, et les manuels scolaires restent très majoritairement établis sur Mercator.
FIN D'ÉTÉ • La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a annoncé en conférence de presse une série de mesures destinées à indemniser une partie des pertes subies par les agriculteurs après un été de sécheresses et de températures anormales, espérant éviter des faillites d’exploitations en masse.
Au total, 1 milliard d’euros devrait être mobilisé, dont la moitié (520 millions) seraient versés au titre de l’ISN (indemnisation de solidarité nationale), qui compense les pertes de récoltes, et dont bénéficieront davantage les exploitations déjà assurées à titre privé au titre des aléas climatiques.
Un dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB) au bénéfice des exploitants agricoles est aussi envisagé, pour 330 millions d’euros. Celle-ci devrait bénéficier aux propriétaires des terrains, mais moins aux 51% d’agriculteurs qui exploitent en fermage, puisque seul le propriétaire est redevable de la TFPNB.
Le gouvernement créera également un “fonds de réarmement agricole” à hauteur de 235 millions, réparti entre les préfets notamment pour distribuer des aides à l’achat de fourrage en urgence, alors que la période de semis du blé devrait avoir lieu cette année entre le 20 et le 25 septembre selon les régions.
Le montant de 1 milliard, destiné à frapper les esprits, n’est pas pour autant inhabituel, puisque la même somme avait été mobilisée en 2021, après un épisode de gel historique au printemps, pour les viticulteurs principalement. Une partie conséquente est, en outre, constituée d’abandons de recettes.
Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu mène cette semaine des arbitrages pour déterminer quelles annulations de crédits pourraient être faites dans ce qui reste du budget pour 2026 afin de débloquer rapidement ces fonds, les syndicats d’agriculteurs alertent déjà sur l’insuffisance des aides par rapport à l’effondrement extrême de la production, qui concerne selon Matignon la quasi-intégralité des filières, dans 90 départements sur 101.
COURANT FAVORABLE • L'arrêté du 19 août 2026 relatif au diagnostic de performance énergétique (DPE) a été publié au Journal officiel. Il modifie le facteur de conversion de l’énergie finale en énergie primaire de l’électricité de 1,9 à 1,7 à compter du 1er janvier 2027, poursuivant une trajectoire engagée de longue date : 2,58 avant la réforme de 2021, 2,3 dans le DPE issu de l'arrêté du 31 mars 2021, puis 1,9 depuis le 1er janvier dernier.
Ce coefficient traduit la quantité d'énergie primaire mobilisée pour produire et acheminer un kilowattheure d'électricité livré au logement, c'est-à-dire les pertes de conversion et de réseau. Historiquement calé sur le rendement moyen du parc de production thermique, il est désormais rapproché de la structure effective du mix : un facteur de 2,3 correspond à un rendement implicite d'environ 43 %, 1,9 à 53 % et 1,7 à près de 59 %. Le gaz, le fioul et le bois conservent pour leur part un coefficient de 1, la conversion ne s'appliquant qu'aux vecteurs produits.
L'effet est mécanique : pour un logement chauffé à l'électricité, la consommation d'énergie primaire affichée diminue d'environ 26 % entre 2,3 et 1,7, sans aucun travaux. Le ministère de la Transition écologique estime que 300 000 logements — 200 000 en classe F et 100 000 en classe G — sortiront du statut de passoire thermique, sur un parc évalué à 3,2 millions. Les étiquettes seront actualisées gratuitement par l'observatoire DPE-Audit de l'Ademe, sans nouvelle visite de diagnostiqueur, à compter du 1er janvier 2027.
L'enjeu dépasse l'affichage. Le DPE conditionne le calendrier d'interdiction de mise en location de la loi Climat et résilience du 22 août 2021 — classe G depuis le 1er janvier 2025, classe F au 1er janvier 2028, classe E au 1er janvier 2034 —, le gel des loyers, l'interdiction du complément de loyer dans les zones d'encadrement ainsi que l'éligibilité aux aides à la rénovation. Justifiée par la décarbonation du mix et par le plan d'électrification des usages, la mesure réduit donc le stock de passoires par la règle de calcul plutôt que par la rénovation, et accentue l'écart de traitement entre vecteurs énergétiques.
Nos lectures de la semaine :
Ce rapport du Haut commissariat à la stratégie et au plan sur le niveau scolaire des jeunes français, qui recommande notamment une baisse des effectifs par classe, une augmentation des revenus des enseignants, et de leur temps de présence effectif dans les établissements.
Le programme d’un colloque prometteur du comité historique du Conseil d’Etat, qui aura lieu le 5 octobre, sur le rôle du Conseil d’Etat dans l’immédiate après-guerre, sous la vice-présidence de René Cassin.
Hexagone est rédigé par Étienne Rabotin et Ghislain Lunven.
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