L'actu des décideurs éco, politiques et juridiques, sélectionnée et analysée pour vous chaque semaine
Suivez Hexagone sur LinkedIn
Le week-end a été long et vous n’avez pas tout suivi de l’actualité de la semaine ? Pas de panique, Hexagone est là ! Joyeux mardi, nous sommes le 13 janvier 2026, et voilà votre 92e briefing hebdo !
MERCO PAS SURS • Devant le Conseil de l’UE, la France s'est opposée le 9 janvier dernier au vote de l'Union européenne autorisant la signature de l'accord commercial avec le Mercosur, approuvé néanmoins par une majorité qualifiée malgré les votes négatifs de Paris, de la Pologne, de l'Autriche, de l'Irlande et de la Hongrie, et l'abstention belge. La signature officielle par Ursula von der Leyen au nom de toute l’Union européenne est prévue pour le 17 janvier 2026 au Paraguay par Ursula von der Leyen, au terme de 25 ans de négociations.
Il y a quelques mois déjà (Hexagone du 26/11), les députés approuvaient à la quasi unanimité une déclaration du gouvernement, d’une portée purement consultative, s’opposant au MERCOSUR.
Comme le souligne un rapport gouvernemental pessimiste sur ses effets potentiels (Mission Ambec, 2020), cet accord “viande contre voitures” favorise les exportateurs européens de véhicules et machines, comme l’Allemagne, mais fragilise les pays à fortes filières de production agricole, comme la France.
Des vaches.
OUVERTURE • L'accord prévoit l'élimination progressive de 91% des droits de douane du Mercosur sur les produits européens et de 92% des droits européens sur les produits sud-américains, favorisant les exportations françaises de machines (1,2 milliard d'euros annuels), aéronautique et automobiles (1,76 milliard), produits chimiques et pharmaceutiques.
L'accord prévoit l'élimination progressive de 91% des droits de douane du Mercosur sur les produits européens et de 92% des droits européens sur les produits sud-américains, favorisant les exportations françaises de machines (1,2 milliard d'euros annuels), aéronautique et automobiles (1,76 milliard), produits chimiques et pharmaceutiques.
DES DIGUES DONC • Depuis la signature de la version préliminaire de l’accord à Montevideo en Uruguay en 2024, la pression exercée par la France (et les autres pays qui avaient des réserves, notamment l’Italie) n’a toutefois pas été inutile. Elle a permis de renforcer trois garanties agricoles avec :
une clause de sauvegarde dite de « frein d’urgence », qui permet à l’Union européenne, à la demande d’un seul ou plusieurs Etat membres, de suspendre rapidement des importations en cas de déstabilisation des marchés (variation de +5% des volumes ou des prix);
des clauses miroirs visant à rapprocher les normes sanitaires, environnementales et de bien-être animal applicables aux produits importés de celles imposées aux agriculteurs européens
le renforcement des contrôles sanitaires et des audits dans les pays du Mercosur.
AGRI COLÈRE • L’ouverture du marché alimente de fortes tensions, car de nombreux agriculteurs européens redoutent une concurrence jugée déloyale de produits sud-américains moins chers et soumis à des normes différentes. La pression des agriculteurs français a été décisive pour motiver le vote contre : des mobilisations ont eu lieu dans tout le pays, avec des blocages de l’A1 (Seine Maritime, près du port commercial du Havre) ou de l’A63 dans les Pyrénées-Atlantiques. De nouvelles journées de mobilisation sont prévues, notamment le 20 janvier prochain devant le Parlement européen à Strasbourg.
Comme d’habitude, le diable de l’application de ces clauses résidera dans les détails et sera tributaires : (i) de l’efficacité des mécanismes de vérification (d’où la demande - obtenue - de la France de mettre en place une task-force européenne sur le respect des contrôle sanitaires et phytosanitaires) ; (ii) de la volonté politique d’activation.
Pour en savoir plus sur le détail de l’accord, lisez nos confrères de BLOCS, la newsletter du commerce international !
Hexagone continue après ce partenariat commercial avec Interbev
Il faut une quatrième révolution agricole — et l’élevage herbager peut en être l’un des piliers
Jean Viard, sociologue et directeur de recherche au CNRS, spécialiste des territoires français, appelle à une quatrième révolution agricole. Après les grandes transformations de 1789, de la IIIème République et sous De Gaulle, il plaide pour un nouveau pacte écologique et territorial entre villes et campagnes. Pour lui, l’élevage herbager doit en être un pilier : il entretient les paysages, stocke du carbone, régule l’eau et nourrit la biodiversité. Cette agriculture des prairies, ancrée dans les territoires, offre un modèle durable qui relie production, environnement et cohésion sociale, au cœur d’une ruralité vivante et résiliente.
Pour découvrir ce modèle d’avenir et les initiatives qui le portent, rendez-vous sur le site agriculture-circulaire.fr.
DES FAÏENCES • Selon les données diffusées jeudi 8 janvier par le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce, l’année 2025 a marqué un record historique de défaillances d’entreprises en France, avec un chiffre de procédures collectives qui devrait dépasser 69 000.
La faible croissance économique (environ 0,9 %), les tensions internationales, les nouveaux droits de douane américains, l’instabilité politique et des conditions de financement encore tendues expliquent en grande partie cette dégradation du tissu productif selon Ludovic Subran, directeur des investissements du groupe Allianz, qui s’exprimait dans une tribune à ce sujet il y a quelques semaines.
La construction est le secteur le plus touché en volume, tandis que les défaillances ont particulièrement progressé dans l’enseignement, les services et les transports, même si l’immobilier et l’agriculture montrent des signes d’amélioration
En parallèle, les radiations d’entreprises ont explosé, dépassant 450 000 en 2025, souvent à l’initiative des dirigeants eux-mêmes, ce qui illustre la profondeur de la crise entrepreneuriale
Cette situation a fortement sollicité l’Association de garantie des salaires (AGS), qui a dû soutenir près de 250.000 salariés pour plus de 2,2 milliards d’euros, l’industrie devenant le premier secteur aidé.
Après les années de protection pendant le Covid, où les prêts garantis par l’Etat offrait une liquidité facile d’accès pour les entreprises en difficulté, cette vague de défaillance marque une correction relativement normale. Il reste à espérer qu’une reprise graduelle du crédit en 2026 permette d’amorcer un reflux.
FIBRE TACTIQUE • L’opérateur Orange a repoussé d’un an la fermeture commerciale de son réseau ADSL cuivre pour plus de 8000 communes, d’après un décompte du journal Le Monde : il sera donc possible de s’abonner jusqu’au 31 janvier 2027, et non 2026 comme prévu.
La fermeture matérielle du réseau cuivre est maintenue à horizon 2030, conformément à la trajectoire prévue par l’Autorité de régulation des communications électroniques (Arcep).
Les obligations de service public mises à la charge des opérateurs, notamment par les articles L.35 et L.35-1 du CPCE, interdisent de facto qu’un nœud du réseau cuivre soit fermé si une offre équivalente n’est pas proposée.
Or, le déploiement inégal du réseau de fibre optique incite les opérateurs à être prudents, préférant inclure dans les 8000 communes encore “cuivrées” certaines dans lesquelles le réseau de fibre est déjà installé ou en passe de l’être.
Ce prolongement intervient alors qu’Orange dit déplorer des coûts de près de 500 Millions d’euros annuels pour l’entretien du réseau cuivre, et alors que les acteurs du réseau de fibre optique pourraient bien voir leurs cartes rebattues par la récente offre faite pour le rachat de SFR et de ses actifs par ses principaux concurrents.
Hexagone est rédigé par Étienne Rabotin et Ghislain Lunven. Hexagone vous souhaite le meilleur pour l’année 2026 !
Hexagone fait partie de Footnotes, le média qui rassemble les newsletters d’un monde complexe. Une douzaine d’experts vous éclairent chaque semaine sur leur thématique de prédilection.
Découvrez tous nos contenus ici et suivez-nous sur LinkedIn.
Vous pouvez vous abonner directement à nos newsletters : Hexagone, What’s up EU, Lettre d’Allemagne, Cafétech, Ludonomics, et Blocs.