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Le week-end a été long et vous n’avez pas tout suivi de l’actualité de la semaine ? Pas de panique, Hexagone est là ! Joyeux mardi, nous sommes le 17 février 2026, et voilà votre 94e briefing hebdo !
QUAND ON VEUT, ON PPE • La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a été annoncée le 13 février 2026 par le gouvernement, avant sa publication par décret au Journal officiel le lendemain, après plusieurs reports. Elle couvre la période 2025-2035.
La PPE3 fixe l’objectif de faire passer les énergies fossiles de 60 % de la consommation d’énergie finale en 2023 (environ 900 TWh) à 40 % en 2030 puis à 29 % en 2035 (environ 330 TWh) afin de converger vers la neutralité carbone en 2050 en cohérence avec la Stratégie nationale bas carbone (SNBC3). Elle introduit pour la première fois une clause de revoyure en 2027 afin d’ajuster les trajectoires en fonction de la demande réelle.
(Pour mémoire, ces objectifs ne sont pas paroles en l’air : la PPE2 fixait une diminution de 19% de la consommation de produits pétroliers en 2023 par rapport à 2012, cible qui a été atteint à 1 TWh près (1006 contre 1005 TWh visé). Cocorico !)
Comme la PPE3 le souligne, la France s’est dotée en 2023 d’un cadre et d’une définition précise de ce qu’est l’agrivoltaïsme, qui mêle productions agricole et énergétique solaire
La rupture la plus nette par rapport aux PPE 1 et 2 concerne le nucléaire. Alors que les programmations précédentes prévoyaient la fermeture de quatorze réacteurs et une réduction progressive de la part de l’atome, la PPE3 abandonne ces fermetures et acte le lancement de six EPR2, avec une option pour huit supplémentaires. Elle vise une production comprise entre 380 et 420 TWh dès 2030, contre une trajectoire antérieure orientée vers une contraction du parc, et engage la prolongation de la durée de vie des réacteurs jusqu’à 50 voire 60 ans.
Sur les renouvelables, la PPE3 opère des ajustements contrastés.
L’hydroélectricité est relancée avec un objectif de +2,8 GW, principalement via l’optimisation des ouvrages existants et le développement de STEP. L’éolien en mer reste structurant avec l’objectif de 15 GW installés en 2035, mais contre une cible de 18 GW précédemment (qui est repoussé à 2037).
En revanche, l’éolien terrestre et le solaire voient leurs cibles revues à la baisse par rapport à la dynamique anticipée dans la PPE2. Le gouvernement vise désormais 48 GW de capacités solaires en 2030, puis entre 55 et 80 GW en 2035, tandis que l’objectif pour l’éolien terrestre est fixé à 31 GW en 2030 et entre 35 et 40 GW en 2035, avec une priorité donnée au « repowering » plutôt qu’à l’extension nette des sites. Cette inflexion traduit une hypothèse de stagnation relative de la demande électrique et un arbitrage en faveur d’un socle nucléaire renforcé
RÉSEAUTAGE • L’essor des énergies intermittentes implique un renforcement massif des réseaux : RTE doit présenter un schéma décennal évalué à 100 milliards d’euros sur quinze ans, tandis que le mécanisme de capacité sera réformé d’ici 2026-2027. La stratégie industrielle est assumée, avec plus de 120 000 emplois attendus d’ici 2030, le développement de gigafactories photovoltaïques et d’électrolyseurs, et une initiative nationale visant notamment un million de pompes à chaleur par an.
La PPE3 élargit la stratégie au-delà de l’électricité. Le biométhane injecté dans les réseaux devrait passer de 9 TWh en 2023 à 47–82 TWh en 2035, avec des mécanismes de soutien non budgétaires. La production de chaleur renouvelable est portée à 328–421 TWh, avec un effort particulier sur la géothermie, appelée à être multipliée par cinq. L’hydrogène décarboné doit atteindre 8 GW d’électrolyse en 2035 (4,5 GW en 2030), et les biocarburants jusqu’à 90 TWh pour les secteurs difficiles à électrifier.
Sur le plan institutionnel, la PPE3 a été adoptée par décret, conformément au Code de l’énergie qui prévoit que la programmation pluriannuelle est fixée par voie réglementaire. Aucune des PPE précédentes n’avait d’ailleurs valeur législative : les lois de 2015 (TECV) et 2019 (énergie-climat) avaient fixé les objectifs généraux, mais la programmation elle-même relève du pouvoir réglementaire et peut être contestée devant le Conseil d’État. La procédure a néanmoins suscité un débat politique vif, certains groupes dénonçant un passage en force sans vote parlementaire. Une proposition de loi sur les orientations énergétiques, dite proposition Gremillet, avait été examinée en première lecture au Parlement et ses soutiens arguaient qu’elle aurait pu suivre son cours parlementaire jusqu’au bout.
LANCEUR ALERTE • Arianespace a réussi ce 12 février le lancement de la version la plus lourde de son nouveau lanceur en développement depuis 2014, la fusée Ariane 6, qui représente son premier vol commercial.
Ce lancement démontre la capacité d’Arianespace (filiale d’ArianeGroupe, lui-même détenu à 50% par Safran et 50% par Airbus) à transporter et mettre en orbite des charges utiles sans appui extra-européen.
C’était là le principal défi du nouveau programme après l’arrêt d’Ariane 5 en 2023, sous-dimensionné et concurrencé par des acteurs privés américains : rendre à l’Europe un accès à l’espace relativement indépendant. Mission réussie, puisque Ariane 6 avait déjà mis en orbite 5 satellites depuis son vol inaugural de décembre 2024.
Mais la seconde nouveauté du vol de jeudi dernier est sa charge utile : en un seul vol, c’est 32 satellites qui ont été lancés, pour une charge de 18 tonnes, contre 4 tonnes au maximum jusqu’ici. Par comparaison, la charge utile maximale théorique d’Ariane 64 (version à 4 boosters) est de 21.7 tonnes, contre 22.8 tonnes pour le lanceur Falcon 9 de Space X.
Cette grappe de 32 satellites est la première de 18 lancements prévus pour le compte d’Amazon Leo, programme de déploiement d’un service internet similaire à celui de Space X. Ce dernier s’appuie déjà sur 8 400 satellites, contre 175 pour Amazon. Le concurrent français, Eutelsat, compte une constellation de 640 satellites.
WITH A MITTAL HELP • Mardi dernier, le sidérurgiste ArcelorMittal a confirmé lancer la construction d’un nouveau four sur son site de production d’acier de Dunkerque, pour un investissement de 1,3 Milliards d’euros.
Cet investissement sera financé à 50% par le dispositif des “Certificats d’économies d’énergie” (CEE), aide destinée aux entreprises qui améliorent leur performance énergétique.
C’est que la nouvelle installation, électrique, devrait consommer deux tiers moins d’énergie que les procédés actuels au charbon, qui font du site l’un des 50 les plus émetteurs de GES en France.
Plusieurs facteurs semblent avoir joué en faveur de cette décision, notamment l’avancée en Europe du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, et la signature d’un contrat avec EDF garantissant au site une électricité peu carbonée, et à prix modéré.
Le climat social reste tendu malgré cette annonce. La CGT demande des garanties sur le calendrier, tandis que les restructurations pèsent sur les emplois du groupe en France, notamment sur les fonctions administratives : 636 emplois pourraient être supprimés en France, alors qu'ArcelorMittal a enregistré 3 milliards de dollars de bénéfice net en 2025.
Signe du clivage, une proposition de loi de nationalisation de la branche française a été adoptée à l'Assemblée en novembre 2025 (cf. Hexagone du 25/11), dont le Sénat aura à décider du sort fin février.
VASES COMMUNIQUANTS • Le Sénat a autorisé le 22 novembre 2025 un transfert de 15 milliards d'euros de dette de l'Acoss vers la Cades, en adoptant un amendement au PLFSS soutenu par la commission des affaires sociales et le gouvernement.
L'Acoss (Agence centrale des organismes de sécurité sociale) assure la trésorerie de court terme de la Sécurité sociale. Elle emprunte sur les marchés pour financer les besoins immédiats du système de protection sociale. Son plafond d'emprunt passera de 65 à 83 milliards d'euros en 2026.
La Cades (Caisse d'amortissement de la dette sociale) rembourse progressivement le passif historique de la Sécurité sociale grâce à la CSG et à la CRDS. Créée pour absorber les déficits antérieurs, elle a déjà remboursé 275 milliards d'euros et devrait terminer sa mission fin 2032, soit avant l'échéance légale de 2033.
L'opération vise à prévenir une crise de liquidité. La Cour des comptes avait alerté sur les risques d'asphyxie de l'Acoss d'ici 2027, rappelant qu'en 2020, l'organisme n'avait pu financer seul un pic de 90 milliards d'euros. Le transfert exploite la capacité de remboursement accélérée de la Cades, estimée à environ 15 milliards annuels.
Le Conseil d'État a validé la faisabilité juridique par un avis de 20 novembre 2025 qui n’a pas été rendu public. En revanche, la commission des affaires sociales considère qu'un transfert de dette plus massif (> 100 milliards) nécessiterait une loi organique, probablement après la présidentielle de 2027. Le dernier transfert remontait à 2020 (136 milliards).
Hexagone est rédigé par Étienne Rabotin et Ghislain Lunven.
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