Invitation, cartes grises, municipales, nucléaire et Eramet

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Hexagone
5 min ⋅ 17/03/2026

Le week-end a été long et vous n’avez pas tout suivi de l’actualité de la semaine ? Pas de panique, Hexagone est là ! Joyeux mardi, nous sommes le 17 mars 2026, et voilà votre 98e briefing hebdo !

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Avant de commencer : une invitation 

Cela fera bientôt 100 semaines qu’Hexagone atterrit dans vos boîtes mail, et pour fêter ça, nous vous invitons à Sciences Po pour une rencontre qui s’annonce passionnante avec Aurélie Bretonneau, secrétaire générale du Conseil constitutionnel, ancienne directrice du Secrétariat général du gouvernement (SGG) à Matignon, conseillère d’Etat, et lectrice occasionnelle de votre Newsletter préférée.
Toutes les infos pour s’inscrire et venir sont ici : inscription en ligne
Attention : l’inscription est obligatoire (et gratuite) mais les places sont limitées !

Le Briefing : 

POUR UN DEMI MILLIARD EN MOINS • Abandonnant un ton usuellement modéré, la Cour des comptes dénonce, dans un rapport du 12 mars intitulé “La fraude aux cartes grises”, l’échec de l’externalisation des démarches d’immatriculation, et appelle sans équivoque à “une reprise en main urgente par l’Etat”. 

En 2017, le plan « Préfectures nouvelle génération » lancé en 2015 par Bernard Cazeneuve impliquait de privatiser la gestion des cartes grises et de fermer les guichets physiques gérés par l’Etat.  

Les démarches d’enregistrement dans le système d’immatriculation (SIV) ont été totalement dématérialisées et confiées à plus de 30 000 opérateurs privés, dont les habilitations ont été délivrées en masse. 

Selon la Cour, "motivée par la recherche d'une simplification pour l'usager et d'une rationalisation des effectifs au sein des préfectures", "cette large privatisation (...) a ouvert des brèches qui ont permis à tout le spectre de la criminalité (de la petite délinquance au crime organisé) de pénétrer avec facilité dans ce système d'information"

La Cour recense plus d’une trentaine de scénarios de fraude, touchant à la fiscalité (TVA, taxes régionales, malus/bonus et autres taxes environnementales), à la sécurité routière (faux contrôles techniques, remise en circulation de véhicules dangereux) et à l’ordre public (ré-immatriculation de véhicules volés). Symbole de cette dérive, des « garages fictifs » ont permis l’immatriculation frauduleuse d’environ un million de véhicules sur 2022‑2024, pour un manque à gagner fiscal estimé à plus de 550 millions d’euros pour l’État et les collectivités.

Si le ministère de l’Intérieur revendique un plan de 31 mesures lancé en 2025, une hausse de 60% des fraudes détectées entre les premiers semestres 2023 et 2025, ainsi qu’une réduction de 30% du nombre de professionnels habilités, la Cour juge ces réactions tardives et insuffisantes. 

Elle préconise un recentrage sur de véritables tiers de confiance, la fin du renouvellement tacite des habilitations, l’exigence d’identités numériques sécurisées, et surtout l’abandon du contrôle a posteriori au profit d’une détection automatisée en amont, à intégrer dès la refonte du SIV attendue à l’horizon 2027‑2028.

Mais aussi

MUNICIPALES • Le premier tour des élections municipales s’est tenu le 15 mars 2026 avec une participation estimée entre 56 et 58,5 % (en attente des chiffres définitifs), soit un niveau historiquement bas hors 2020 (c’est-à-dire pendant la crise sanitaire). Globalement, le scrutin confirme une dynamique du RN et une progression de LFI. Les résultats sont toutefois fragmentés, sans domination nette d’un bloc, et de nombreuses situations locales promettent des seconds tours ouverts.

Dans les petites villes, il y aura très peu de seconds tours. 23 700 d’entre elles n’avaient qu’une seule liste ; et il n’y a plus besoin de réunir 25% des votants pour être valablement élu, comme nous en parlions la semaine passée (cf. Hexagone du 10/03)

Dans les grandes villes, les résultats sont très variés : 

  • À Paris, la liste d’union de la gauche menée par Emmanuel Grégoire arrive nettement en tête autour de 36 %, devant Rachida Dati à environ 25 %, tandis que LFI dépasse les 13 %

  • À Marseille, Benoît Payan (divers gauche) est en tête autour de 37 %, suivi par le RN à 34 %, avec LFI en position d’arbitre (11,9%). 

  • À Lyon, le duel est très serré entre le maire écologiste sortant et une large alliance de droite et du centre autour de Jean-Michel Aulas, chacun autour de 37 %, avec LFI autour de 10 % pouvant jouer un rôle clé. 

  • Dans d’autres villes, les situations sont tout aussi ouvertes : Toulouse voit une forte poussée de LFI qui arrive deuxième (28%), légèrement devant le PS (25%) mais à bonne distance de Jean-Luc Moudenc (divers droite). Lille place LFI (23%) au coude-à-coude avec le PS (26%), Strasbourg pourrait basculer des écologistes (19%) vers le PS (25%), et Bordeaux reste incertaine avec une courte avance écologiste (28%). À Nice, une configuration particulière oppose une droite soutenue par le RN à la droite classique, illustrant une recomposition locale.

Les alliances avec LFI se font au cas par cas. Au niveau national, il n’existe pas d’accord global entre le PS et LFI, même si des listes communes ont été constituées dans environ soixante villes. Le PS privilégie une stratégie d’union avec les écologistes et les communistes, tout en refusant une alliance nationale avec LFI, mais reste ouvert à des accords locaux pour faire barrage au RN. 

À droite et au centre, la stratégie dominante est celle d’un « socle commun » réunissant Renaissance, LR, Horizons, MoDem et UDI dans de nombreuses villes, même si des divisions subsistent localement. Cette alliance large est présente notamment à Lyon, Toulouse ou Bordeaux, mais elle échoue à s’imposer nettement dans les grandes métropoles. A Paris, Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel ont fusionné leur liste post-premier tour, le dernier se retirant par ailleurs de la course. Enfin, certaines configurations voient émerger des rapprochements avec l’extrême droite, comme à Nice où une union des droites est testée, illustrant une recomposition du paysage politique à droite.


JE VEUX DU NUKE •  Le 12 mars 2026, l’Élysée a annoncé de nouvelles modalités de financement pour la relance du nucléaire, à l’occasion d’un déplacement d’Emmanuel Macron sur le site de Penly. Le conseil de politique nucléaire, réuni pour la 5ème fois à cette occasion, a détaillé un mécanisme concret, adossé à l’épargne des Français, et a fixé un calendrier plus précis, alors que les coûts du projet ont déjà fortement augmenté.

Le programme concerne au moins six réacteurs EPR 2, pour un coût estimé à près de 73 milliards d’euros de 2020, soit plus de 80 milliards en euros actuels en tenant compte de l’inflation, auxquels s’ajoutent les frais financiers. Le financement annoncé reposera en grande partie sur le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, alimenté notamment par le Livret A. Ce dispositif pourrait couvrir jusqu’à 60 % du coût total du programme. Il s’agirait d’un apport de l’ordre de 3 à 4 milliards d’euros par an pendant quinze ans, soit un total compris entre 45 et 60 milliards d’euros.

Le mécanisme retenu est celui d’un prêt concessionnel, c’est-à-dire un prêt accordé à des conditions plus favorables que celles du marché. L’État mobilisera l’épargne réglementée pour prêter à EDF à un taux bonifié et sur une durée longue, afin de réduire le coût global du financement et de sécuriser un investissement stratégique. Cela s’apparente à un soutien public, puisque l’État facilitera l’accès à des financements bon marché.

Par conséquent, la mise en œuvre de ce schéma est conditionnée à l’accord de la Commission européenne. Celle-ci doit vérifier que ce financement est compatible avec les règles de concurrence et le marché libéralisé de l’énergie, notamment en matière d’aides d’État. 


CREUSE ENCORE • Le groupe minier français Eramet, acteur majeur de l’extraction et de l’exportation de métaux rares, a présenté fin février des résultats en forte régression pour l’année 2025. 

Le groupe, détenu à 27% par l’Etat et à 37% par une famille d’industriels, a perdu 477 Millions d’euros sur un an, contre 14 Millions d’euros de bénéfices en 2024, pour une dette nette de 2 Milliards d’euros. L’EBITDA a chuté de 54% en un an, et le chiffre d’affaires a reculé de 7%. 

La cotation en bourse a reculé pendant les deux dernières semaines, chutant de 23%, et le versement de dividendes aux actionnaires a été suspendu pendant 2 ans. 

L’entreprise accumule les crises depuis plusieurs trimestres. En décembre 2025, un ancien comptable était définitivement condamné à 30 mois de prison, dont 8 fermes, pour une escroquerie à hauteur de 45 Millions d’euros au préjudice du groupe. 

Dans la foulée, le 1er février, mais sans lien avec cette affaire selon la direction, le Directeur général Paulo Castellari était renvoyé avec effet immédiat. Le média “L’Informé” évoque de possibles sanctions prises après la constatation d’irrégularités financières.

Pour limiter les dégâts d’une conjoncture économique défavorable en pleine crise de gouvernance, les actionnaires ont consenti à une recapitalisation à hauteur de 500 Millions d’euros en 2026. 

Comme nous en parlions déjà il y a 18 mois (cf. Hexagone du 29/10/24), la Société Le Nickel, filiale néo-calédonienne du groupe très fragilisée par les émeutes de l’automne 2024, avait déjà reçu de la part de l’Etat un soutien de 20 Millions d’euros sous la forme d’obligations à durée indéterminée. 



Nos lectures de la semaine

  • Le rapport d’activité 2025 du Conseil constitutionnel, lecture didactique et pleine de témoignages de membres et d’anciens membres pour animer le débat autour de l’institution et préparer notre passionnante conférence du 23 mars avec Aurélie Bretonneau (inscrivez-vous !)

  • Cette intéressante note de la fondation Jean Jaurès sur la délicate articulation entre aides aux entreprises et commande publique dans les départements et régions d’outre-mer.



Hexagone est rédigé par Étienne Rabotin et Ghislain Lunven.

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Hexagone est rédigé par Etienne Rabotin, avocat en droit public, et Ghislain Lunven, haut fonctionnaire.

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